Des nouvelles de l’Inde

Des nouvelles de l’Inde

Des nouvelles de l’Inde – 7 mai 2020

 

L’Inde est entrée en confinement le 24 mars et devrait en sortir le 17 mai. Le confinement a été brutalement annoncé à 20 h par le Premier Ministre Modi pour entrer en application à 24 h, autant dire que rien n’avait été préparé pour ça et tout le monde s’est trouvé pris au dépourvu.

 

30 % de la population migrent vers les centres urbains pour trouver du travail dans ce qu’on appelle le « secteur informel » qui représente 90 % de l’économie indienne. Cela touche tout le personnel de ménage, de surveillance, gardiennage, jardiniers, chauffeurs, maçons, ouvriers d’usine, etc, et qui sont payés à la journée, sans aucune garantie ni sécurité sociale.

 

Toute cette population a décidé de fuir les grands centres urbains pour retourner dans leurs villages car ils n’étaient plus payés, les magasins étaient fermés, la chaîne alimentaire était rompue du fait que les états avaient fermés leurs propres frontières et que les camions ne pouvaient plus circuler. On a pu voir des milliers de personnes à pied sur les autoroutes vides revenir vers leur village d’origine ou des bus et des trains pris d’assaut,

Dans les bidonvilles, c’est la catastrophe sanitaire, avec en plus la difficulté pour trouver de la nourriture et de l’eau potable, donc l’obligation de sortir et de se faire frapper par la police le plus souvent.

 

Celles et ceux qui s’intéressent d’un peu plus près à cet immense pays ont pu voir comment le Premier Ministre Modi a essayé de rassembler le peuple dans des manifestations collectives d’abord le 22 mars en ordonnant à la population de taper sur des casseroles en hommage au personnel soignant, puis au 5 avril en demandant à toute la population d’éteindre toutes les lumières et d’allumer une bougie à 9 h du soir pendant 9 minutes. Utiliser le symbole de la lumière pour faire fuir le virus…

 

Comme chez nous où on a soudain « découvert » la valeur des soignants, des éboueurs, des agents de la Poste et bien d’autres, en Inde le coronavirus a mis l’accent sur les failles du système : la question sanitaire catastrophique, le problème des migrants intérieurs, la division entre les religions puisque toute la faute de la pandémie a été rejetée sur les musulmans. La ségrégation ne fait que s’accentuer.

 

Un plan de 20 milliards d’euros a été décidé pour aider les plus pauvres mais ça correspond à un kilo de riz et un kilo de lentilles par mois pour une famille. Ce qui est évidemment ridicule. Plan qui équivaut à 1 % du PIB et qui n’est absolument pas à la hauteur des besoins.

 

Au 6 mai, 1 585 morts par le Covid-19 sont recensés officiellement, ce qui est vraiment peu. C’est sans compter tous ceux qui vont mourir de faim et de chaleur dans les prochaines semaines. Il faut savoir également que les statistiques officielles sont bien peu fiables ! Mais ce n’est pas la catastrophe quand même côté pandémie.

 

Pour le côté local, au Jharkhand et notre petite école, les enfants sont tous retournés dans leur village ainsi que les enseignants qui continuent d’être salariés (merci à mon voisin pour son don généreux). L’école devrait rouvrir la première semaine de juillet si tout va bien.

 

Birendra, dont l’association indienne gère l’école, est sans cesse sur le terrain car au Jharkhand il y a eu un retour massif de neuf cent mille (oui, 900 000) migrants, venant de Delhi, Calcutta, Bombay, Puna, toutes les grandes villes indiennes et qui sont arrivés chez eux n’ayant plus aucun travail. De nombreux volontaires s’affairent et ils ont déjà distribué dans leur district (Hazaribagh, Giridih, Bagodar, pour celles et ceux à qui ça dira quelque chose !) des rations alimentaires comportant dix kilos de riz, 3 kilos de lentilles, deux kilos de pommes de terre, un litre d’huile de moutarde et un kilo de sel, les produits de base pour la cuisine indienne.

Ceci pour 2200 familles pauvres pour un mois. Ils donnent également deux savons par famille et des produits sanitaires pour les femmes.

L’équipe de travailleurs sociaux essaie également de mettre en place des activités agricoles pour tous ces migrants inactifs, avec initiation à la permaculture, à l’agriculture bio dans les petits villages, quand c’est possible.

Le problème actuel est que c’est la saison des récoltes des fruits de la forêt pour cette population du Jharkhand à grosse majorité tribale et qu’ils ont interdiction de se déplacer.

 

Ils veillent également aux problèmes de violence domestique souvent dus à l’alcool. Le gouvernement avait décidé la fermeture de toutes les « wine-shops », les boutiques qui ne vendent que de l’alcool, mais il a dû revenir sur cette décision à cause du nombre de suicides et des problèmes de manque, les gens devenant fous.

 

Le problème dans les familles qui sont confinées et entassées dans des pièces minuscules est le harcèlement sur les femmes et les jeunes filles et les risques de viol qui augmentent.

 

Désolée de ne pas faire un bilan très positif de ce confinement indien qui, comme de partout est d’une extrême violence pour les plus pauvres.

 

Madeleine Lacour